Eduard Bornhöhe

EDUARD BORNHÖHE (de son vrai nom Eduard Brunberg, 1862-1923) est considéré comme le fondateur du roman historique estonien.

Après une jeunesse aventureuse, au cours de laquelle il exerce les métiers les plus divers (assistant d'un géomètre, dessinateur de presse, employé des chemins de fer, instituteur, critique de théâtre, organiste…) dans de nombreux pays (Lituanie, Estonie, Allemagne, Pologne, Russie, Caucase), il revient s'installer définitivement en Estonie en 1893. Il sera alors, jusqu'à la fin de sa vie, fonctionnaire dans l'administration judiciaire (traducteur, archiviste, président d'un tribunal rural, et enfin juge de paix).

La plupart des œuvres de Bornhöhe sont des récits historiques d'inspiration romantique, pleins de rebondissements, d'aventures et de combats, dont le thème central est la lutte du peuple pour la liberté. Son premier récit, Le Vengeur (1880), est considéré aujourd'hui comme sa meilleure œuvre et fait partie des grands classiques de la prose estonienne. L'action se déroule dans la première moitié du 14e siècle et l'événement historique central est la révolte paysanne qui se déclenche pendant la nuit de la Saint-Georges de 1343. Le personnage principal est un paysan nommé Jaanus, qui, sous le nom du « Vengeur », devient l’un des chefs de l’insurrection avant de mourir au combat.

Les combats de Villu (1890) relate un autre épisode du soulèvement de la Saint-Georges : des paysans essaient de s’introduire dans le château de Viljandi cachés dans des sacs de céréales. Mais le plan est est éventé et les paysans sont tués. Le chef des paysans, Villu, est enfermé dans une cave du château jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cet ouvrage marque dans l’œuvre de Bornhöhe une évolution vers davantage de réalisme : le protagoniste est psychologiquement plus complexe, moins idéalisé que le « Vengeur » ; Bornhöhe décrit de façon assez crédible la situation des paysans ; et les dialogues sont écrits dans un style simple et populaire.

Le prince Gabriel ou les derniers jours du monastère de Pirita (1893) évoque les soulèvements paysans qui se sont produits pendant la guerre de Livonie (1558-1583). La trame principale du récit est constituée par une histoire d’amour entre Gabriel, fils d’un prince russe et d’une mère estonienne, qui lutte pour le bien des Estoniens contre les Allemands et les Suédois, et une noble allemande, Agnes von Mönnikhusen. Le récit culmine avec le siège de Tallinn par les troupes russes, en 1577, au cours duquel le monastère de Pirita est incendié.

L’interdiction des récits historiques par la censure, en 1893, marque une coupure dans l’œuvre de Bornhöhe, qui se réoriente momentanément vers d’autres genres, mais perd beaucoup de sa vitalité et finit par s’interrompre : pendant les vingt dernières années de sa vie, il ne publiera plus aucun nouveau livre.

A.C.