Bernard KANGRO



                         SUR LA TERRE DÉFRICHÉE

Depuis plusieurs longs jours déjà demeurent tendues
Sur moi les noires colonnes de fumée suspendues.
                 C’est le feu, il mord.
Voici l’horreur hardie des mâchoires aux dents aiguës
Qui veulent dévorer les terres attendues.

Droit du sol la flamme en crépitant se tord.
Pour extraire une semence qui à nouveau vive,
Où les broussailles rampèrent le feu s’avive.
                  Et la terre dans sa haine
À ce qui fut envoie la mort par cette flamme vive.

Le jeune scarabée qui rêvait, somnolent,
Le tendre papillon dans la fournaise tombé,
Ivre de printemps, la fourmi laborieuse courant
Et le sage escargot enorgueilli par son âge avancé,
Tous, tous sont alignés sur le sable brûlant.

                   Qui suis-je, moi que voici ?
          Moi que voici où les autres meurent,
Où les flammes avides dévorent les jeunes fleurs.
Je suis la fleur flamboyant de reflets couleur feu,
La fleur épanouie sur le tison sans feu
Si dure et si pure, et si jeune et si neuve.

Adapté par Aleksander Aspel