Doris Kareva

DORIS KAREVA (née en 1958) s’inscrit dans une longue lignée de femmes poètes qui, à différentes époques ont marqué de leur empreinte la poésie estonienne, depuis Lydia Koidula, au siècle dernier, jusqu’à Betti Alver, plus près de nous, en passant par Anna Haava et Marie Under, dans l’entre-deux-guerres. Ce rapprochement se justifie non seulement par l’importance de l’œuvre et par son succès, mais aussi par une filiation littéraire indiquée notamment par une thématique commune : la thématique sentimentale et amoureuse, dont Doris Kareva fournit toutefois un traitement légèrement différent. Traditionnellement, dans la poésie estonienne, les sentiments amoureux sont associés à des évocations de la nature, miroir et révélateur de l’âme. Chez Doris Kareva, même si les éléments naturels ne sont pas totalement absents, les sentiments sont exprimés de façon plus abstraite et métaphysique, au point d’atteindre parfois un certain hermétisme. Celui-ci est toutefois tempéré par une musicalité exceptionnelle, qui confère aux poèmes une sorte d’évidence formelle. Pour le lecteur estonien, cette poésie, malgré sa complexité, apparaît donc très fluide et limpide. Cette musicalité, Doris Kareva l’obtient notamment en recourant à un procédé caractéristique de la poésie populaire estonienne appelé « rime initiale » : dans un vers donné, deux mots au moins commencent par le même phonème ou par la même syllabe, et le choix des mots est déterminé autant, sinon plus, par leurs vertus allitératives que par leur sens. Ce procédé se double, chez elle, par une recherche d’allitérations complémentaires, qui contribuent à créer un réseau d’échos internes, à l’échelle du vers comme à celle du poème.

Parallèlement à son œuvre poétique, Doris Kareva a participé activement à la vie littéraire et culturelle estonienne. Après des études d’anglais à l’université de Tartu, elle a travaillé pendant une quinzaine d’années dans le principal hebdomadaire culturel estonien. Elle a participé en 1988 à la création d’un groupe d’écrivains et d’intellectuels, Wellesto, qui, tout en affirmant avec force la nécessité de préserver et de développer l’identité estonienne, réclamait une plus grande ouverture sur la culture mondiale. Dans le recueil collectif publié par ce groupe en 1989, Doris Kareva écrivait notamment : « Le monde est notre maison ; notre maison est la culture dans sa totalité ». Cette ouverture, Doris Kareva y a contribué personnellement avec un certain nombre de traductions, principalement de l’anglais, mais aussi du russe. Elle a traduit notamment des poèmes d’Anna Akhmatova et d’Emily Dickinson, deux auteurs avec lesquels son œuvre présente des affinités évidentes.

Depuis 1992, Doris Kareva est secrétaire générale de la commission nationale estonienne pour l’UNESCO. À ce titre, elle déploie des efforts importants pour soutenir de nombreux projets culturels, à Tallinn comme dans le reste de l’Estonie.

Des poèmes de Doris Kareva ont été traduits et publiés dans une quinzaine de langues, dont l’anglais, l’allemand, le russe, mais aussi l’irlandais, le slovène, le moldave et le turkmène.

A.C.