Lydia Koidula

Fille d’un instituteur, LYDIA KOIDULA (de son vrai nom Lydia Jannsen, 1843-1886) reçoit l’instruction la plus élevée que peut recevoir à son époque un jeune fille dans l’Empire russe : après ses études secondaires dans une école de langue allemande, elle passe avec succès, à l’université de Tartu, l’examen de professeur particulier, mais elle s’est déjà engagée dans une tout autre voie. Son père, Johann Voldemar Jannsen, fondateur en 1857 du premier journal estonien (Le Postillon de Pärnu), a fait d’elle sa collaboratrice. Après le déménagement de la famille à Tartu, en 1863, le journal devient le Postillon estonien et repose presque entièrement sur les épaules de la jeune Lydia. Première femme journaliste de son pays, elle travaille sans ménager ses forces, corrigeant les épreuves, assurant la correspondance et remplissant presque à elle seule, par ses traductions et ses adaptations, le supplément littéraire. Elle participe également à l’intense vie culturelle et associative de Tartu, qui est alors le principal foyer du mouvement national estonien. Devenue, par ses œuvres et ses activités, une figure centrale de ce mouvement, elle doit cependant quitter son pays en 1873 pour suivre son mari, nommé médecin militaire à Kronstadt. Malgré l’éloignement, elle poursuit sa collaboration au Postillon estonien, mais consacre désormais l’essentiel de son temps à sa famille. Elle meurt d’un cancer à l’âge de 43 ans.

Comme la plupart des auteurs estoniens de l’époque, Lydia Koidula a commencé par adapter des œuvres allemandes avant de faire entendre sa voix propre. Dans les trois genres littéraires qu’elle cultive (théâtre, récit, poésie), elle apparaît incontestablement comme le meilleur écrivain de l’« Ère du réveil » (1860-1885). Sa comédie campagnarde (inspirée par une farce de l’écrivain allemand Th. Körner), Le cousin de Saaremaa, qu’elle met en scène elle-même en 1870, marque la naissance du théâtre estonien. Ses récits réalistes, publiés dans la presse, dépeignent dans une langue fluide et imagée la vie et la condition des paysans. Ce sont toutefois ses poèmes qui lui assurent jusqu’à aujourd’hui une place privilégiée dans le cœur de son peuple. Son premier recueil, Fleurs des champs (1866), contient principalement des adaptations et présente une tonalité d’ensemble assez didactique et moralisante. Quelques poèmes révèlent toutefois un sens de la nature, une profondeur sentimentale et une verve patriotique qui s’épanouissent pleinement dans un second recueil publié l’année suivante, Le rossignol de l’Emajõgi. Celui-ci, composé presque entièrement de poèmes originaux, est dominé par des hymnes patriotiques enflammés évoquant avec compassion les épreuves subies au cours de l’histoire, exaltant la nature et la langue estoniennes et exprimant la foi en un avenir meilleur.

Publiés anonymement, ces poèmes connaissent d’abord une diffusion très confidentielle, avant de gagner les faveurs d’un large public par l’intermédiaire d’une anthologie scolaire. Le compilateur de celle-ci, Carl Robert Jakobson, désigne leur auteur sous le nom de Koidula, formé sur le mot estonien qui signifie “aube”. Certains d’entre eux sont mis en musique et chantés lors de la première “Fête du chant” (1869), point culminant du mouvement de renouveau culturel. Ils ont accompagné la formation du sentiment national et figurent aujourd’hui encore au répertoire de toutes les chorales estoniennes.

La poésie ultérieure de Lydia Koidula, rassemblée seulement après sa mort (Poésies complètes, 1925), est marquée par la mélancolie, la déception amoureuse et la nostalgie du pays natal.

A.C.