Lydia KOIDULA


 

MON DOUX PAYS, COMME JE L’AIME

Mon doux pays, comme je l’aime !
Mon cœur lui appartient.
Pour toi je chante, ô mon bonheur,
Mon Estonie en fleurs !
Ta douleur bout au fond de moi,
Ton bonheur et ta joie sont miens,
Ô mon pays !

Mon doux pays, comme je l’aime !
Point ne le quitterai,
Dussé-je pour lui succomber
De plus de mille morts !
Qu’importent les ragots jaloux !
Tu vivras toujours dans mon cœur,
Ô mon pays !

Mon doux pays, comme je t’aime !
Je voudrais m’endormir,
Reposer tout au creux de toi,
Mon Estonie sacrée !
Tes oiseaux chanteront pour moi
Tes fleurs pousseront sur mon corps,
Ô mon pays !

Voir le texte estonien
 
 
 


 

JUSQU’À MON DERNIER SOUFFLE

Jusqu’à mon dernier souffle
Je désire t’aimer,
Sentier bordé de fleurs,
Ma patrie embaumée !
Ruisseaux et pâturages,
Ma langue maternelle,
Je dirai vos louanges
Jusqu’à l’heure dernière !

Tendrement, ô ma terre,
Tu portes tes enfants,
Les nourris, les protège,
Puis recueilles leur corps !
J’aime mieux respirer
Dans tes bras, mon pays,
Que d’être heureuse ailleurs,
En un lieu étranger !

Tes garçons sont si sages,
Si braves et si forts !
Et tes filles fleurissent
Comme de jolies plantes !
Ton vent et ton soleil
Te maintiennent en fleurs ;
Et les ailes de l’aigle
Te couvrent tendrement !

Pourtant, à tes paupières
Souvent perlent des larmes.
Ô mon pays, espère !
Car les temps changeront.
L’avenir donnera
Un surcroît de confiance.
Marche la tête haute !
Le temps porte conseil.

Voir le texte estonien
 
 
 


 

DISPARU

Dans le pré du village un petit ruisseau coule,
un tilleul touffu se dresse sur sa berge :
ensemble, souvent, nous nous sommes tenus là.
La cime se tordait et semblait nous parler,
le murmure de l’eau était comme un discours —
j’entendais en tout un chant de bonheur.

Aujourd’hui, à nouveau, ces voix me parviennent —
le bonheur s’est enfui, je n’ai plus que mes larmes !
Le tilleul est bien vert ; les fleurs s’épanouissent ;
et l’eau du ruisseau coule toujours vite —
mais c’est de ma douleur que me parlent les voix,
et de ton mensonge, amour disparu.

Voir le texte estonien

Traduit de l’estonien par Antoine Chalvin