Jaan Kross

JAAN KROSS (1920-2007) s'est d'abord fait connaître comme poète et traducteur de poésie. Ses quatre recueils publiés entre 1958 et 1969 révèlent une poésie intellectuelle et philosophique brillante qui, après les platitudes de l'ère stalinienne, ouvre la voie et contribue à la renaissance poétique des années 60. À partir de 1970, Jaan Kross délaisse la poésie pour écrire des récits et romans historiques, genre dans lequel il s'impose très vite comme un maître incontesté. Ses romans, aujourd’hui traduits en de nombreuses langues, font revivre pour la plupart des figures importantes de l’histoire estonienne ou des Estoniens ayant atteint dans leur domaine une certaine notoriété internationale: le chroniqueur du 16e siècle Balthasar Russow dans La triple peste (1970-1980), le peintre Johann Köler dans Les troisièmes montagnes (1975), le baron balte Timotheus von Bock dans Le Fou du Tzar (1978) (voir la couverture de la traduction française), le juriste et diplomate Friedrich Martens dans Le départ du professeur Martens (1984) (voir la couverture de la traduction française), l'astronome et opticien Bernhard Schmidt, inventeur du téléscope qui porte son nom, dans L'œil du grand Tout (1987) (voir la couverture de la traduction française). Au-delà de leur rôle de porteurs de l’identité ou de la fierté nationale, ces personnages incarnent, par leur destin, différentes issues possibles au conflit entre l’idéal et la réalité. L’œuvre de Jaan Kross a ainsi pu être décrite comme une « typologie du compromis ». D'autres livres de Jaan Kross s'inscrivent dans une ligne plus autobiographique: le roman Les gars de chez Wikman (1988) s'inspire de ses années de lycée dans le Tallinn des années trente, les nouvelles de La vue retrouvée (1988) ont pour toile de fond les événements dramatiques des années 40, le roman Exhumations (1990) évoque le retour en Estonie, au milieu des années cinquante, des déportés et prisonniers politiques de l'époque stalinienne. Tous ces ouvrages ont joué un rôle important, à l'époque soviétique, dans la préservation de la mémoire historique estonienne. Dans Le vol immobile (1998), roman acclamé par la critique, il se penche à nouveau sur l'histoire politique des années 40 à travers la biographie d'un haut fonctionnaire de l'Estonie indépendante. Son dernier roman, La Terre-du-vouloir (2001), dépeint l'atmosphère de l'Estonie post-soviétique du début des années 90 : le personnage principal est un intellectuel qui se lance dans les affaires en participant à la fondation d'un établissement thermal sur les terres familiales que l'État lui a restituées.

A.C.