Viivi Luik

VIIVI LUIK (née en 1946) a publié son premier recueil de poèmes à l’âge de dix-huit ans et a fait aussitôt figure d’« enfant prodige » de la poésie estonienne. Issue d’une famille rurale du sud de l’Estonie, elle privilégiait dans ses premiers textes des évocations fraîches et limpides de la nature. Ses recueils ultérieurs témoignent d'une maturation et d’une densification de son expression poétique, qui devient peu à peu plus abstraite et hermétique.

À partir du milieu des années 80, elle se détourne progressivement de la poésie pour se consacrer à la prose.Son premier roman, Le septième printemps de la paix (1985), scènes d'une enfance campagnarde dans l’Estonie du début des années cinquante, a connu un énorme succès et a été traduit dans de nombreuses langues, dont le français (éd. Christian Bourgois, 1992, voir la couverture). Outre sa valeur documentaire sur les débuts de la collectivisation des campagnes en Estonie, il captive par son évocation subtile et attachante du monde de l’enfance, où le merveilleux se mêle sans cesse à la réalité.

Le second roman de Viivi Luik, La beauté de l'Histoire (1991; traduction française: éd. Christian Bourgois, 2001), relate une histoire d’amour sans paroles entre une jeune poétesse estonienne et un sculpteur juif de Lettonie à qui elle sert de modèle. Le récit principal se déroule en 1968, au moment où les chars soviétiques entrent en Tchécoslovaquie. Au-delà d’une trame narrative assez ténue, cet ouvrage constitue une sorte de poème symphonique qui évoque, par la magie d'une écriture glissante et tourbillonnaire, l'Europe de l'Est noyée dans la grisaille du communisme : Tallinn, Riga, Prague, Varsovie, Bucarest… les lieux et les époques défilent et se confondent ; tout semble vu du ciel, comme à travers les yeux d’un ange (que l’on croise d’ailleurs de temps à autre au cours du roman).

Viivi Luik a publié par la suite des pièces radiophoniques, ainsi que des essais rassemblés en 1998 dans Le petit placard de l'homme. Elle vit aujourd'hui en Italie.

A.C.

Compléments:

Histoire et subjectivité dans les romans de Viivi Luik
par Antoine Chalvin