Tõnu Õnnepalu

TÕNU ÕNNEPALU (né en 1962) a débuté sa carrière d’écrivain comme poète. D’abord assez contemplative et centrée sur la nature, sa poésie a évolué au fil des années pour devenir plus subjective, plus inquiète, plus philosophique aussi. Au début des années 90, avec derrière lui trois recueils de poèmes, Tõnu Õnnepalu était considéré comme une jeune auteur plein de promesses. Ces promesses, il les réalisera avec éclat, mais dans le domaine du roman.

Avant cela, pendant quelques années, il se consacre surtout à la traduction, principalement d’œuvres de la littérature française (romans de François Mauriac, de Romain Gary, de Sébastien Japrisot).

En 1993, il séjourne à Paris pendant quelques mois avec une bourse de traduction, pour traduire une anthologie de poésie française. Mais il consacre l’essentiel de son temps à écrire un roman, inspiré en partie par ce qu’il découvre autour de lui. Ce livre, Pays frontière, publié la même année sous le pseudonyme d'Emil Tode, a connu un énorme succès. Au-delà de la curiosité suscitée par le mystère (vite dissipé) du pseudonyme, le livre a séduit par la qualité exceptionnelle de son écriture, fluide et poétique.

Le sujet du roman a donné à son succès un caractère un peu sulfureux. Pays frontière a été en effet caractérisé par plusieurs critiques comme “le premier roman homosexuel estonien”, tandis que de nombreux lecteurs y voyaient au contraire l’histoire d’une relation entre un homme et une femme. Cette ambiguïté vient du fait que le personnage principal n’est pas nommé et que rien ne permet d’identifier son sexe avec certitude, puisque l’estonien ne connaît pas le genre grammatical.

Le roman contient manifestement un certain nombre d’éléments autobiographiques. Le personnage principal, comme l’auteur, séjourne à Paris avec une bourse de traduction, mais passe davantage de temps à se promener et à observer le monde qui l’entoure. Le récit s’articule autour de sa liaison avec un professeur de philosophie, Franz, une liaison très ambivalente, où, chez le partenaire estonien, le mépris et la haine finissent par l’emporter sur la curiosité initiale. Cette ambivalence se retrouve dans la façon dont le personnage principal perçoit la société occidentale, pour laquelle il nourrit une fascination mêlée de répulsion.

Pays frontière a eu également un succès considérable à l’étranger. Il a été récompensé en 1994 par le prix littéraire de l’Assemblée baltique et il est traduit aujourd’hui dans une douzaine de langues (voir la couverture de la traduction française).

Tõnu Õnnepalu a publié par la suite deux romans, Le prix (1995) et Princesse (1997), et un recueil de poèmes, La mesure (1996). Il a traduit en estonien l'intégrale des Fleurs du Mal. Un nouveau séjour à Paris, en tant que directeur de l'Institut estonien, lui a inspiré un volumineux journal intellectuel, Exercices (2002), publié sous le pseudonyme d'Anton Nigov, aussitôt suivi d'un nouveau roman, Radio, sous le pseudonyme d'Emil Tode. En 2007 est paru son Journal de Flandre, écrit pendant une résidence à la villa Hellebosch à Vollezele, près de Bruxelles.

A.C.

Compléments:

Compte rendu de Exercices (2002), publié sous le pseudonyme d'Anton Nigov