Mats Traat

Issu d’une famille paysanne du sud de l’Estonie, MATS TRAAT (né en 1936) a d’abord travaillé dans le secteur agricole avant d’étudier la littérature et l’écriture de scénario à Moscou. Son recueil de poèmes, Chansons frustes, paraît en 1962 dans la collection “Kassett” qui devait révéler toute une génération de poètes (“Je suis un paysan fruste / gris et grave comme le granit”). Dans ses premiers textes en prose — les nouvelles de Frappe à la fenêtre jaune (1966) — il apparaît comme un peintre du monde rural contemporain, décrivant notamment les états d’âme des jeunes qui aspirent à quitter leur village pour trouver ailleurs une vie plus exaltante. Son roman La danse autour de la chaudière (1971), retrace l’évolution de la campagne estonienne depuis la première guerre mondiale jusqu’à la fin des années cinquante, à travers l’histoire d’une machine à vapeur utilisée pour battre le blé. Autour de la batteuse tourne la danse de la vie et du temps, dont Mats Traat restitue cinq moments — cinq journées d’automne séparées par des intervalles de plusieurs années. La narration, très visuelle et dynamique, passe d’une scène à l’autre en faisant alterner les gros plans et les vues panoramiques, s’intéressant aussi bien aux animaux qu’aux humains et mêlant indissolublement le grave et le comique. Remontant encore dans le passé, Mats Traat s’est ensuite penché sur la paysannerie estonienne du XIXe siècle avec Les arbres étaient de tendres frères (1979), suivi par Montez sur les collines (1987-1992), geste familiale en six partie qui se prolonge jusqu’en 1918. Parallèlement à son œuvre romanesque, il approfondit au fil des années sa poésie, parfois narrative, comme dans les brèves épitaphes biographiques des Vies de Harala (1976), mais le plus souvent lyrique et proche de la nature. Dans ses poèmes graves et nostalgiques, la mélancolie des éléments (le soir, l'automne, le vent…) apparaît comme la source et l'écho d'une douleur intérieure.

A.C.