Mati Unt

MATI UNT (1944-2005) débute très jeune en littérature avec un roman, Adieu chat jaune (1963), qui décrit les états d’âmes et la vie sentimentale d’un jeune lycéen. Il publie dans les années soixante plusieurs recueils de nouvelles ainsi que des récits plus longs (La dette, 1964) qui contribuent à détacher la prose estonienne des dernières influences du réalisme socialiste en y faisant s’épanouir la subjectivité et l’ironie. L’une des meilleures œuvres de cette période est son roman policier moderniste Meurtre à l’hôtel (1969), chargé de mystères et d’ambiguïté.

À partir des années soixante-dix, partant du constat qu’il n’y a plus de littérature innocente, que l’on ne peut plus raconter une histoire de façon traditionnelle, Mati Unt pratique dans ses romans et ses nouvelles une narration souvent éclatée et parasitée par une érudition parodique (citations et références savantes, résumés d’œuvres littéraires ou cinématographiques, données statistiques, etc.). Ses textes, tout en affirmant leur originalité, sont ainsi conçus explicitement comme des miroirs d’autres textes, des jeux ironiques et distanciés avec la modernité culturelle. La place de l’individu dans la société, et dans le monde en général, l’angoisse existentielle générée par la solitude ou par des relations amoureuses qui vacillent (Rivage désert, 1972) constituent alors ses thèmes de prédilection. Son ouvrage le plus célèbre et le plus traduit est Le bal d’automne (1979), roman où s’entrecroisent les destins de plusieurs habitants de Mustamäe, une grande cité déshumanisée de la banlieue de Tallinn.

À partir des années quatre-vingts, l'intertextualité devient peu à peu la dimension dominante de ses œuvres. Des choses dans la nuit (1990) est un roman-mosaïque consacré à l’électricité. L’aide-mémoire du donneur de sang (1990) associe le mythe du vampire à un détail de l’histoire culturelle estonienne : le transfert en Estonie, en 1946, de la dépouille de la poétesse Lydia Koidula, qui reposait jusqu’alors dans le cimetière de Kronstadt à côté de son mari. Celui-ci, furieux qu’on lui ait volé son épouse, revient sous la forme d’un vampire pour se venger du peuple estonien… Le roman-collage Bonjour chat jaune (1992), réécriture par Mati Unt de son tout premier livre, constitue un cas intéressant d'« auto-intertextualité ». Le roman Brecht apparaît la nuit (1997) est consacré au séjour en Finlande de Bertold Brecht et à ses relations avec la dramaturge finlandaise (d’origine estonienne) Hella Wuolijoki.

Mati Unt était également dramaturge et metteur en scène de théâtre.

A.C.