Ene MIHKELSON
 
 

 Les soirs sont devenus transparents :
 le vent rend visible la voix des arbres.
 Ce qui existe n’a pas besoin de voix
 ni de conscience, comme moi à présent.
 Ce que j’entends, je ne l’entends pas
 et ce que je vois, je ne le vois pas.

 La graine déchirée ne porte point de fruit.
 La lumière oblique d’un jour
 a coupé en deux les visages, et celui qui me regardait
 s’est détourné de moi.
 Mon ami chaque jour me donnait un nom
 jusqu’à me faire oublier qui j’étais vraiment.
 Car il fut un temps où j’étais vraiment.
 Quelqu’un. En quelque chose.

 Ta main est comme un oiseau blanc privé de vie
 dont je ne perçois pas la caresse.
 Juste la forme.

 Le temps est provisoire. Les saisons se succèdent.
 Et les jours sont des phrases.

Traduit de l’estonien par Antoine Chalvin




 
 

Ami comment te dire adieu
si le poème est un oiseau aux ailes
battantes  La feuille n’est que surface les lettres sont immobiles
Affirmer quelque chose sur l’amour l’éthique ou l’esthétique
Nu est le papier blanc  Nue la vérité des départs
La vie n’est pas niée
Sur nos années tombe une neige blanche même au cœur des étés
lorsque s’efface le désir de se faire entendre
 

Traduit de l’estonien par Antoine Chalvin