Karl Martin SINIJÄRV
 



Raimond Koppel ferme son agenda et soupire.
Il ferme les yeux, s’étire et sort de son bureau.
Ce n’est le bureau de personne.
C’est une pièce idiote.
Pourquoi Raimond Koppel passe-t-il autant de temps dans cette pièce ?
Il y travaille. Oh, putain, mais pourquoi ?
Impossible de se souvenir de quelqu’un
qui serait reconnaissant à Raimond Koppel
pour tout ce qu’il a fait au cours des quatre dernières années.
Impossible même de se souvenir de ceux qui ne lui sont pas reconnaissants.
Et je ne me souviendrais pas non plus de Raimond Koppel si je n’étais pas
en train de lui virer son salaire.
Jeux d’agent comptable.
Jeux innocents et insouciants d’agent comptable.





Cataclop cataclop les chevaux arrivent par le bord de la baie
à travers la neige fondue boueuse.
On aperçoit de loin le haut de leur corps,
car dans la neige poussent de hautes herbes.
On voit aussi les cavaliers, cataclop cataclop, cachés derrière les crinières.
À l’abri le vent ne souffle pas, à l’abri des ruines.
La bière est vraiment devenue chaude, et je n’arrive même plus
à monter correctement sur un cheval.
Le sable s’infiltre dans mes chaussures, le chien s’agite comme un fou, mais pas la mer.
Je me fiche de la mer, et de l’herbe, et du sable en dehors de mes chaussures.
Je suis déjà bien assez joyeux,
ballotté dans le fourgon parmi la paille d’une paroi à l’autre,
ballotté dans le fourgon parmi la paille de la porte à la fenêtre.
Je suis sur un chemin, et bien qu’il soit court je l’étire et l’allonge.
Le rend exactement aussi long que je veux.
Les chevaux ne se fatigueront jamais plus.