Toomas VINT

 

  

L’AGENCE DE RÉGULATION DES MARIAGES

     

    Ando Kasesalu, socio-anthropologue de trente-deux ans, homme de science tant par son apparence que par son tempérament, gara sa voiture à la seule place libre, puis regarda avec hésitation le bâtiment qui se dressait devant lui et dont les vitres sombres reflétaient le soleil. Il avait encore une dizaine de minutes et il semblait apprécier ce moment : rien ne le pressait, seuls ses doigts qui tripotaient nerveusement un bouton de sa veste trahissaient son excitation intérieure.
    
L’immeuble était orné d’un panneau aguicheur sur lequel on pouvait lire : « Agence de régulation des mariages ». Les affaires semblaient marcher : la porte principale rejetait et aspirait un flot humain incessant, et la majorité de ces personnes devaient, qu’elles le veuillent ou non, soulager leur bourse. Quel nom raffiné, pensa ironiquement Ando en regardant le panneau. Il aurait sans doute été plus honnête d’écrire : « Bureau d’échange des époux », mais l’opinion publique ne l’aurait pas accepté : ç’aurait été aussi inconvenant que de jurer à table.
    
Quelques semaines auparavant, lorsque Ando avait effectué son paiement, en entassant d’un coup sur la table l’argent qu’il avait économisé avec peine, il ne s’imaginait pas dans quel engrenage compliqué il serait entraîné. Des dizaines de tests, des questionnaires, des certificats, des attestations et des commissions avaient fait irruption dans son quotidien, tels des éclairs par une nuit de tempête, mais aujourd’hui, tout cela allait enfin aboutir et il pouvait espérer que sa vie future serait agréable et paisible, comme il le désirait depuis déjà longtemps.
    
Ando n’aurait jamais trouvé seul le chemin menant au seuil de cet établissement, il aurait certainement végété jusqu’à la fin de ses jours avec sa femme si Immo, un ami d’enfance et camarade d’université, n’avait, à force d’insistance, fini par le convaincre. Immo avait déjà utilisé deux fois les services du bureau d’échange et s’enorgueillissait maintenant de sa grande et splendide épouse. La précédente n’était pas mal non plus, mais l’être humain ne veut-il pas toujours ce qu’il y a de mieux ? Et pourquoi s’en priver si l’on peut se le permettre ? Ando avait conscience qu’un tel échange de luxe était au-dessus de ses moyens. En outre, il ne cherchait pas à impressionner les autres, il rêvait seulement d’un foyer paisible et de pouvoir travailler sans être dérangé.
    
L’ARM avait été créée dix ans auparavant. Cette institution, modeste à ses débuts, avait pris une nouvelle dimension après l’adoption de la loi sur la régulation des mariages. Le nombre des divorces avait baissé subitement. L’État ne pouvait que s’en féliciter et ne manquait jamais une occasion de mettre en avant cette stabilité familiale qui augmentait considérablement son prestige international. En réalité, tout cela n’était que du bluff : des mauvaises langues disaient que, pour soutenir leur projet d’affaires, les fondateurs de l’ARM avaient payé une dizaine de députés qui avaient fait passer la loi en force. Depuis lors, le changement de conjoint n’était plus considéré comme un divorce, ce qui était tout à fait normal puisque, en cas d’échange réalisé par l’agence, il n’était plus nécessaire de partager les biens ni de verser de pension alimentaire. Ceux qui le souhaitaient pouvaient même célébrer tranquillement leurs noces d’argent ou d’or avec une femme qu’ils ne connaissaient que depuis quelques semaines. On dira ce qu’on voudra, mais l’ARM et la loi étaient devenues exceptionnellement populaires et personne n’imaginait plus la vie sans elles.
    
En marchant dans le couloir du treizième étage pour trouver le bureau qu’on lui avait indiqué, Ando pensa à son premier échange comme à un événement qui devait changer sa vie dès aujourd’hui. Il était un peu effrayé à l’idée de devoir partager son quotidien avec une étrangère. D’une certaine manière, il s’était habitué aux conditions moralement difficiles que sa femme actuelle avait établies. Il ne s’imaginait pas vraiment se mettre au lit avec la nouvelle venue pour remplir ses devoirs conjugaux. Elle aussi d’ailleurs se sentirait certainement mal à l’aise. Cette pensée lui apporta le réconfort qu’il recherchait. S’habituer à l’autre était particulièrement difficile, mais cette gêne initiale était une étape obligée qu’il fallait savoir surmonter.
    Une lumière verte était allumée au dessus de la porte du bureau. Il frappa. La porte s’ouvrit et un homme souriant vêtu d’une blouse blanche s’avança vers lui, la main tendue. Après lui avoir serré la main, il le pria de s’asseoir, et son sourire se fit studieux et sérieux. Ando avait l’impression d’être chez le médecin, peut-être à cause de la blouse blanche, ou à cause de la balance qui, pour une raison mystérieuse, se trouvait dans un coin. Quoi qu’il en soit, il avait envie de se plaindre de ses malheurs – cette nuit, il avait eu mal au ventre et ce matin la diarrhée –, ce qui dans la situation présente semblait très déplacé.
    « Kasesalu ? » « Trente-deux ans ? » « Marié pour la première fois ? »
    Les questions se succédaient comme si elles étaient enregistrées. Ando opinait de la tête et l’employé en blouse blanche tapotait sur son ordinateur.
    « Vous voulez conserver votre appartement, car déménager la bibliothèque serait trop compliqué ?
    
– Écoutez, j’ai déjà répondu par écrit à ces questions, grommela Ando.
    – 
La confiance ne dispense pas de contrôler, marmonna l’employé en réponse. Votre intérêt principal dans la vie est la recherche scientifique ? »
    
Ando répondait humblement par l’affirmative, accompagnant ses réponses d’un hochement de tête. Il se disait que, nouvelle institution ou pas, les employés apportaient toujours avec eux leurs anciennes méthodes et leur routine. Ce qui était neuf devenait tout de suite vieux, c’est-à-dire ennuyeux, inefficace, compliqué et fastidieux.
    « Est-ce que vous prenez une assurance mariage ? Ces derniers temps, beaucoup de gens souscrivent un contrat d’assurance. Bien sûr, c’est cher, mais si vous voulez faire un nouvel échange, l’assurance prend en charge toutes les dépenses. Ce serait un investissement très judicieux.
    – 
Je n’ai pas l’intention de faire un autre échange. Si vous me garantissez une femme qui réponde à mes modestes exigences, alors l’affaire est entendue. Vous me le garantissez, n’est-ce pas ?
    – C’est notre premier devoir, évidemment. Mais la vie réserve souvent des surprises : vous croyez peut-être savoir aujourd’hui ce qui vous convient, mais dans quelques années vous vous étonnerez d’avoir été aussi bête.
    – 
C’est mon affaire, dit Ando sur un ton qui ne souffrait aucune réplique.
    – Comme vous voulez, mais ne venez pas vous plaindre ensuite. Bon, passons aux choses sérieuses. Vous avez de la chance. Comme vous n’avez pas d’enfants à charge, cela facilite les choses. Sinon, il faudrait essayer de nombreuses combinaisons, organiser des échanges multiples, et tout cela demanderait du temps. Pour le moment, nous avons pour vous quatre possibilités, toutes conformes à vos exigences, bien entendu. Une seule offre vous éviterait un choix difficile, mais notre but est de servir au mieux nos clients, c’est pourquoi nous leur proposons toutes les solutions possibles. Cela dit, si vous souhaitez simplifier les choses, il vous suffit de dire un nombre entre un et quatre et nous ne parlerons pas des autres possibilités. Nous ferons comme si elles n’existaient pas.
    – 
Je les examinerais bien toutes, dit Ando après un moment de réflexion. J’ai peur, sinon, d’avoir des remords.
    – Comme vous voudrez. Les désirs du client sont des ordres. Voyons voir… Peu bavarde, mais répond tout de même quand on l’interroge. Démarche furtive, presque inaudible. Se sent bien à la cuisine, à tel point qu’il faut parfois l’en chasser de force. Prépare des plats estoniens extrêmement savoureux, petit appétit. Aime faire la lessive et adore repasser. La maison est son univers. Aime la propreté, les plantes d’intérieur, mais sans excès. Regarde des séries télévisées pendant son temps libre, mais ne cherche pas à en discuter. Au lit, satisfait docilement tous les désirs de son mari, mais n’a pas d’exigences propres. Un peu amortie, mais cela n’empêche pas son fonctionnement normal.
    – 
Qu’est ce que ça veut dire, un peu amortie ?
    – Trois accouchements. Les enfants sont déjà adultes : ils ont leurs familles. En fait, elle a été mariée cinq fois, mais les trois derniers mariages ont été arrangés par nos soins et ne sont pas pris en compte.
    – Mais alors, elle a quel âge ?
    – Cinquante-deux ans.
    – Attendez, il y a un problème ! Ma femme a trente ans et je veux quelque chose d’équivalent ! cria Ando, hors de lui.
    – Nous avions compris que vous souhaitiez une épouse, pas une maîtresse, dit l’employé d’un ton sec.
    – Une épouse, oui, mais pas amortie, répondit Ando en essayant de retrouver son calme.
    – Bien, bien… Écartons donc cette première possibilité, même si à notre avis, ç’aurait été l’idéal. Voyons… Cordon bleu, particulièrement douée pour les desserts. Très ordonnée. Ne se mêle pas des affaires des autres, très peu curieuse, se moque des ragots. Ne regarde pas les séries télévisées, la lecture est sa principale distraction à la maison, apprécie les romans noirs et les films policiers, mais ne passe pas de la théorie à la pratique dans ce domaine. Dévouée au lit, donne l’impression qu’il s’agit pour elle d’une nécessité intérieure. À besoin de quelques réparations : migraines fréquentes, états nauséeux (cause encore inconnue), dents abîmées et gingivite qui exigeraient la pose de prothèses dentaires coûteuses, fume mais est d’accord pour arrêter, ce qui serait bénéfique à son estomac fragile, accès de mélancolie périodiques mais espacés.
    – Écoutez, ma femme est en pleine santé, et je n’ai aucune envie de jouer les garde-malade.
    – Bien. C’est vous qui voyez. Pourtant, certains veulent justement des femmes à retaper. Pour eux, c’est une sorte de passe-temps. Ils sont récompensés de leurs efforts plus tard par la reconnaissance de leur femme. Mais si cela ne vous convient pas, voyons la suivante… Issue d’une très bonne famille. Intérêts intellectuels variés. Expérimente en matière culinaire, approche créative de la cuisine. Tient bien sa maison. Fait de la gymnastique pour se maintenir en forme, a l’air toujours fraîche et d’humeur joyeuse. N’est pas susceptible. Aime aller au théâtre, au concert, être en société, participe le plus souvent possible à des événements publics, aime particulièrement danser…
    – 
Stop ! cria Ando en se levant d’un bond. Et quand cette femme est-elle à la maison alors ? demanda-t-il en contenant sa rage.
    – Vous aussi, vous aimez sûrement vous distraire et le meilleur moyen n’est-il pas de…
    – Ma seule distraction, c’est mon travail, je n’ai pas besoin d’une femme qui court le monde !
    – Bon, si c’est le travail… », dit l’employé d’un ton indifférent.
    Il tapota sur son ordinateur et commença à lire d’une voix monotone :
    « Intelligence intérieure, qui s’exprime tant dans les relations humaines que dans la décoration. Apprécie la beauté et l’harmonie. S’acquitte irréprochablement des tâches ménagères. S’intéresse au travail de son mari sans être insistante. S’habille avec goût sans dépenses excessives. Soumise en matière sexuelle : les désirs de son mari sont des ordres. N’est pas querelleuse. Pendant son temps libre, lit avec discernement. Même attitude sélective à l’égard des programmes télé. Ne recherche pas la compagnie des autres, n’a pas d’amies. Aime par dessus tout s’occuper du jardin et des fleurs. Ne met jamais ses problèmes en avant. N’apprécie pas les luttes de pouvoir à la maison.
    – Est-ce qu’elle est amortie  ou est-ce qu’elle a besoin de réparations ? demanda Ando tout excité, retenant son souffle.
    – Ni l’un ni l’autre, répondit l’employé en riant, c’est une jeune femme de vingt-sept ans en pleine santé.
    – Mais quel est son problème alors ?
    – Elle n’a pas de problème. Elle s’est retrouvée en situation d’échange principalement parce qu’elle ne voulait pas sortir avec son mari.
    – La femme de mes rêves ! soupira Ando.
    – Oui, oui, tout semble parfaitement correspondre à vos souhaits, mais il y a tout de même un hic. Elle souhaiterait au moins six rapports sexuels par semaine, alors que vous aviez écrit deux. Néanmoins, je pense que ce n’est pas insurmontable. Vous savez, quand on change de femme, la fréquence des rapports augmente tout naturellement. Vous verrez, vous vous surprendrez vous-même. Les perspectives sont prometteuses, car votre nouvelle épouse n’aura pas ces défauts qui vous dérangeaient auparavant. Qu’en pensez-vous, vous en serez capable ?
    – Si tout ce qui est écrit est vrai, alors j’y arriverais même si elle en voulait plus, assura Ando. Mais quelle garantie me donnez-vous qu’il n’y a aucun vice caché ?
    – Nous avons principalement le questionnaire de l’époux. En général, il correspond à la réalité, mais évidemment nous contrôlons avec nos propres moyens. Nous avons des méthodes entièrement secrètes qui donnent une garantie suffisante. Maintenant, voyons ce que va devenir votre femme… Ah ! on dirait qu’elle va être affectée comme élément commutable. Cela signifie qu’elle va aller vivre immédiatement chez un homme libéré au cours d’un échange précédent. Elle pourra ensuite passer de main en main pendant assez longtemps, avant qu’on ne la choisisse et qu’on ne l’affecte durablement. C’est évidemment très désagréable, mais la loi de régulation des mariages le lui impose, à moins qu’elle ne préfère aller en prison. »
    Ando ne compatissait pas le moins du monde au sort de sa femme. Un bref rictus apparut même sur ses lèvres. Il avait essayé pendant plus de six ans de l’éduquer, de faire d’elle une personne avec laquelle il serait supportable de vivre, mais tout avait été inutile : les récriminations incessantes et l’égocentrisme de son épouse lui avaient lacéré l’âme ; ces derniers temps, rester à la maison lui était devenu insupportable. Elle a eu ce qu’elle voulait, se réjouissait-il cyniquement. Il l’avait mainte fois menacée d’un échange, il lui avait lancé à plusieurs reprises un dernier avertissement, mais c’était comme s’il avait parlé à un mur.
   
 « Bien ! Allons voir maintenant à quoi ressemble votre candidate, dit l’employé.
    – Si ce n’est pas absolument indispensable, j’y renoncerais volontiers.
    – Comment cela ? On ne peut pas décider sans avoir vu.
    – Vous savez, si cette femme est au moins la moitié de ce que vous m’avez raconté, alors elle peut bien ressembler à la grand-mère du diable ! J’ai même écrit quelque part que je me moquais éperdument de l’apparence, j’ai besoin d’une épouse, pas d’un objet décoratif.
    – Comme vous voulez, mais sachez que, dans ce cas, nous n’accepterons aucune réclamation concernant l’apparence de votre future épouse.
    – Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?
    – Rien de spécial, nous allons procéder aux formalités puis, nous informerons les femmes pour qu’elles préparent leurs affaires. Quatre heures plus tard, un de nos agents les transportera dans leurs nouveaux logements. Lorsque vous rentrerez ce soir à la maison, une épouse douce et affectueuse vous attendra avec un bon dîner. »
    Ando poussa un soupir de soulagement. L’employé tapota sur son ordinateur. Soudain, il poussa un cri d’effroi et se rua hors de la pièce. Quand il revint, au bout d’un long moment, il avait le visage rouge de fureur :
    « Les salauds ! Ils ont recommencé, votre code est bloqué !
    – Qu’est-ce qui est bloqué, qu’est-ce que ça veut dire ?
    – Il y a dans notre agence deux départements concurrents : les échanges demandés par les hommes et les échanges demandés par les femmes. Cette fois, les autres nous ont devancés et ont fait échouer l’opération en cours. Il s’en est fallu de quelques minutes, voire de quelques secondes. Maintenant, ils se frottent les mains de joie, peut-être même qu’ils ouvrent une bouteille de mousseux ! Ils ont commencé exactement au même moment que nous, alors que tous les codes étaient encore libres, mais ils ont terminé plus tôt. C’est un jeu particulier au sein de notre établissement, un jeu qui ne serait pas possible s’il n’y avait pas des fuites. Cette fois, je crains que quelqu’un n’ait reçu un pot-de-vin très important. Pourtant, on ne peut rien faire , tout est légal en apparence.
    – 
Attendez, en quoi cela me concerne-t-il ?
    – Malheureusement, cela vous concerne au plus haut point. En effet, votre femme vient juste de conclure un échange qui a été réalisé selon ses souhaits : vous ne pouvez donc plus choisir, mais seulement être choisi. En d’autres termes, vous êtes devenu un élément commutable et on risque de vous attribuer une épouse qui ne répondra pas à vos attentes. Ne vous découragez pas, certains de nos clients raffolent de ce statut. L’un d’eux a réussi à vivre avec trente-quatre femmes.
    – Cela veut dire que ma femme a pris les devants ?
    – Exactement ! Comme c’est gentil à vous d’avoir enfin compris !
    – Mais, je ne vois pas ce qui m’empêche de vivre avec la femme que je viens juste de choisir.
    – Selon la loi, vous ne pouvez demander un nouvel échange qu’au bout de six mois. En attendant, vous devez vous soumettre aux conditions du dernier échange. Évidemment, nous vous rembourserons votre argent, après déduction de la TVA pour l’achat du service et d’une deuxième TVA pour la vente du service. Cette dernière est certes assez illogique, mais nous devons observer la loi à la lettre.
    – Mais je souhaiterais vivre avec la femme dont vous m’avez parlé, donnez-moi au moins son adresse.
    – Impossible, je n’en ai pas le droit ! »
    L’employé écarta les mains en signe d’impuissance et poussa son gros corps devant l’ordinateur, de peur qu’Ando ne cherche à s’en approcher de force.
    Ando se leva sans mot dire. Il voulut claquer la porte derrière lui, mais elle ne céda pas : elle se ferma d’elle-même, lentement et sans un bruit. Ce n’est qu’une fois dehors qu’il comprit clairement dans quelle situation impossible il s’était mis. Si, avec sa femme, il avait pu au moins diriger un peu sa vie, à présent tout était en train de lui échapper. Il ne pouvait plus rien faire pour sauvegarder son confort individuel et la tranquillité nécessaire à son travail. Sa femme lui avait porté un coup fatal, et il ne pouvait que tendre l’autre joue.
    Il resta dans son institut de recherche jusque tard dans la soirée, fixant durant des heures les pages d’un livre sans en comprendre la moindre phrase. Puis il rentra finalement chez lui. Les fenêtres étaient éclairées. Quand il ouvrit la porte, il sursauta, effrayé, en voyant dans le couloir une grande banderole : « Tous les hommes sont des porcs ». Sa nouvelle femme était assise devant la télé qui hurlait à plein volume. La pièce était pleine de fumée et sur la table, à côté d’un cendrier rempli de mégots, se trouvait un bol de porridge refroidi.
        

Traduit de l’estonien par Fanny Marchal.